Jean Fautrier (1898-1964)

Jean Fautrier est considéré avec Jean Dubuffet, comme l’un des peintres le plus représentatif de l’art informel en France, avec son plein essor dans la période de l’après-guerre de 1945 a 1960. Mais il choisit de toujours rester de son vivant a l’écart de la scène artistique officielle.

L’art informel regroupe a la fois le courant de l’abstraction lyrique avec ses techniques d’expressions essentiellement gestuelles, le matièrisme dont l’objet est de travailler les matières sur les surfaces de la toile, et par rapprochement, le spatialisme dont les recherches portent sur les dimensions de l’espace et du temps et sur la lumière.

D’autres courants, comme le mouvement CoBrA, le Groupe Gutai, l’expressionnisme abstrait en Allemagne, l’Action Painting aux Etats-Unis de Jackson Pollock peuvent être rapprochés aussi de ce mouvement pictural de la fin du XXeme siècle.

Jean Fautrier est né le 16 Mai 1898 a Paris. A la mort de son père, il est recueilli par sa grand-mère irlandaise. Au debut des années 1910, il s’installe avec sa mère à Londres et est admis a la Royal Academy dès l’âge de ses quatorze ans. Il est très marqué dès cette époque par les travaux de Turner qui restera pour lui une référence tout au long de sa vie.

En 1917, il est mobilisé dans l’armée française et se trouve gazé dans les tranchées près de Montdidier.

Il parvient a se rétablir et s’installe a Paris après la guerre et expose pour la première fois en 1921, date a laquelle commence véritablement sa carrière de peintre. Il se lie d’amitié avec Andre Malraux qui lui fait connaître le milieu intellectuel parisien.

Il expose ses premiers tableaux à la Galerie Fabre en 1923, et réalise en 1927 une série de peintures figuratives portant sur différents thèmes tels que portraits, natures mortes, nus et paysages dans lesquelles les couleurs sombres prédominent. En 1933, il se partage entre sculpture, peinture, et gravure, et réalise une édition illustrée de l’Enfer de Dante pour les Editions Gallimard, qui finalement n’aboutira pas.

Ses quelques succès en peinture ne lui suffisent pas, et il decide de devenir moniteur de ski à Tignes. En 1934, il crée là une boite de jazz dont il gardera la gestion jusqu’en 1939. De temps en temps, il continue cependant de peindre.

De retour Paris, il noue des liens d’amitiés avec Francis Ponge, Paul Eluard, Georges Bataille et Jean Paulhan. Il s’engage peu après dans la résistance, et se réfugie courant 1943 dans la clinique du Docteur Le Savoureux installée dans l’ancienne maison de Chateaubriand a Châtenay Malabry.

En 1943, il réalise sa vingt-deuxième et dernière sculpture, la grande “Tête d’otage”, tandis qu’il utilise la Villa Barbier abandonnée, proche de là, comme cache d’armes pour les résistants.

Il poursuit en même temps ses activités artistiques, et notamment la série intitule “Les Otages” très marqué qu’il est par l’occupation allemande et par les exécutions perpétrées a quelques pas de là, dans l’actuel Memorial des Fusilles .

En 1945, à la fin de la guerre, Jean Fautrier decide de louer la Villa Barbier et de s’y installer avec sa famille. Il travaille à l’illustration de différents livres, dont “L’Alleluiah” de Bataille. Il expose cette même année à la Galerie Drouin, avec un catalogue d’oeuvres présentées par Andre Malraux.

Mais Jean Fautrier ne parviendra pas a une réelle sécurité matérielle avec la vente des ses tableaux, et déçu par ses ventes, il essaie avec sa compagne Janine Aeply, en 1950, de mettre au point un procédé de production, dont
les originaux multiples lui permettant de vendre des peintures moins chères qu’elles ne sont proposées par les galeristes.

Entre 1953 et 1956, Jean Fautrier poursuit ses expositions en France et à l’étranger, malgré le faible succès de ses oeuvres.

En 1956, en réaction a l’invasion de Budapest par les russes, il reprend le motif des “Otages” pour la suite des “Têtes de partisans”, comme variations sur le poème de Paul Eluard “Liberté, j’ecris ton nom” écrit en 1942.

Il poursuit son travail les années qui suivent avec des toiles plus structurées dans lesquelles se superposent et s’entrecroisent des lignes colorées, des stries, et grilles de plusieurs côtés.

En 1960, il recoit le Grand Prix de la Biennale de Venise et fait en 1963 deux donations importantes, l’une au Musée d’Ile de France dont “Les Otages” et l’autre au Musée d’Art Moderne de Paris.

Une grande exposition de son oeuvre est organisée durant l’été 1964, qu’il n’aura pas le temps de visiter, car il décède a Châtenay Malabry le 21 juillet 1964, le jour ou il devait épouser Jacqueline Cousin, la compagne qui partageait sa vie a la Maison Barbier depuis deux ans.

(LMDA)

Jean Fautrier dans les jardins de la Maison Barbier à Châtenay Malabry.
ADAGP
Jean Fautrier dans les jardins de la Maison Barbier à Châtenay Malabry.
ADAGP

Une réflexion sur “ Jean Fautrier (1898-1964) ”

  • mai 30, 2020 à 1:22
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    Article très intéressant sur cet artiste trop méconnu et trop oublié.

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