| |
https://lemondedesarts.com |
|
|
|
|
|

Maurice de Vlaminck
au côté de son autoportrait vers 1921 © Coll. part.
|
MAURICE DE VLAMINCK
(1876-1958)

|

Maurice de Vlaminck
vers 1933 -1934 dans son atelier © Coll. part.
|
|
Maurice de Vlaminck, est né à Paris le 04 avril 1876. Aîné des cinq enfants dune famille flamande, le jeune garçon, élevé dans un milieu de mélomanes un peu bohêmes, sintéresse dabord à la musique mais commence, dès lâge de douze ans, à peindre des paysages de bords de Seine. Il quitte sa famille à l'âge de 16 ans et s'installe à Chatou à proximité de Versailles, pour faire le métier de mécanicien.
Il fait de la peinture à ses moments perdus, passion qu'il partage aussi avec le cyclisme. Il prend rapidement le métier de coureur cycliste qui lui permet de mieux gagner sa vie jusqu'à 18 ans où il rencontre Suzanne Berly qui deviendra sa femme.
A l'issue d'une maladie vers l'âge de 20 ans, il quitte le sport et donne des leçons de violon. Il suit aussi les cours du peintre Robichon, mais il se lasse très vite de sa formation académique.
C'est en 1900 qu'il rencontre par hasard André Derain, avec qui il se lie d'amitié et reprend la peinture. Esprit contestataire, il se passionne alors pour les idées anarchistes et donne même quelques articles au Libertaire.
Il fait la découverte de Van Gogh qui l'impressionne considérablement. Vlaminck reconnaît demblée chez le peintre de "La Nuit étoilée" ou de "La Chambre à coucher" linstinct de la couleur pure et une violence chromatique aux antipodes de toute démarche intellectuelle qui correspond parfaitement à sa propre formation dautodidacte et à son tempérament de rebelle. Il rencontre Henri Matisse et décide alors de se consacrer d'une manière définitive à la peinture.
|
|
|

Maurice de Vlaminck
"Sur le Zinc"
Huile sur toile 1900
© Musée Calvet Avignon
Lorsque Vlaminck peint cette toile, il ne connaît pas encore la peinture de Van Gogh qui l'influencera par la suite d'une manière capitale. Pour gagner sa vie, il est alors musicien et joue du violon dans les cafés . Cette oeuvre est inspirée de ces lieux de bastringue et de café-concert, populaires à l'époque et chers à Toulouse Lautrec par exemple.
|
|
|
C'est en 1904, qu'il rencontre Apollinaire, qu'il découvre et se passionne pour l'art nègre et qu'il expose pour la première fois. Débarrassé des contraintes du dessin, il se contente désormais détaler violemment ses couleurs en utilisant des tons purs. Il décline ensuite le procédé, réalisant ainsi des paysages tels que ses "Bords de Seine " peints à Nanterre ou à Carrières. La primauté qu'il donne à la couleur et la vigueur de son pinceau le font naturellement ranger parmi les " Fauves" qui font scandale au Salon dAutomne de 1905. Il expose huit tableaux aux côtés de Matisse, Dufy, Rousseau, Vuillard, Rouault, qu'un critique de l'époque suggère d' enfermer dans une cage.
Il rencontre alors Vollard qui l'aide financièrement par l'achat de quelques toiles, puis Van Dongen, Braque, Picasso, Jacob et Derain avec lesquels il débat et discute de Cézanne qu'il admire. Il rencontre après un séjour en Angleterre, Modigliani, Marinetti entres autres, et les menaces de la guerre lui font exprimer son profond antimilitarisme .
Quand celle ci éclate, c'est une profonde crise morale qui l'envahit et le sépare de son ami Derain, tandis que ses idées et ses recherches sur la peinture évoluent.
|
|

Maurice de Vlaminck
"Autoportrait "
Huile sur toile 1911
© Musée d'Art Moderne Paris © ADAGP Les portraits sont rares dans l'oeuvre de Vlaminck, mais les autoportraits sont plus rares encore. Nous n'en connaissons que deux. Celui ci qui date de 1911, puis un second qu'il réalisera en 1920. Il se représente ici avec son instrument de musique de prédilection, le violon, qui durant ses années de jeunesse lui fût une passion, mais aussi son moyen de gagner sa vie.
|
|

Maurice de Vlaminck
" Portrait de Derain"
1905 Huile sur toile
© Coll. Part. Mexique Vlaminck n'affectionne pas le portrait.
Celui qu'il réalise de son ami André Derain en 1905 est particulièrement révélateur de sa technique. Le style est frustre, la couleur est épaisse, grasse et s'étale. Les paupières sont lourdes, la moustache déborde et une partie du visage se confond avec l'arrière plan. C'est le fauvisme dans son expression la plus instinctive
|
|

Maurice de Vlaminck
" Maisons à Chatou "
Huile sur toile 1904 © The Art Institute Chicago La peinture de Vlaminck est impétueuse, faite d'ardeur et d'instinct. " Mon ardeur disait-il, me permet toutes les audaces, toutes les impudeurs, pour oublier les conventions du métier de peindre ". Il se vantait de ne pas connaître les musées et de ne peindre que ce que son coeur et son instinct lui dictaient.
|
|

Maurice de Vlaminck
" Le remorqueur"
Huile sur toile 1905 © Coll. Part. New York
Cette toile avait valu à Vlaminck les critiques les plus acerbes, dont celles du journal " La Liberté", sous la plume de Etienne Charles : " Monsieur de Vlaminck dépasse tous les artistes précédents dans la débauche organique qu'il fait de la couleur". Ce thème très souvent abordé à cette époque par les peintres, il est vrai, trouvait là une technique et un chromatisme très nouveaux.
|
|

Maurice de Vlaminck
" Paysage aux arbres rouges"
Huile sur toile 1906 © Musée d'Art Moderne Paris
Dans cette composition très marquée, Vlaminck s'approche de l'expressionnisme davantage que dans toutes les autres toiles qu'il peint à cette époque. Ce sont des émotions profondes et dramatiques qui sous-tendent ici d'une manière prononcée à la fois le traitement du paysage par le dessin et celui de ses couleurs soulignées de noir .
|

Maurice de Vlaminck
" Portrait de femme"
1906 Huile sur toile © Coll. art. Suisse A partir de 1906 Vlaminck commence à s'éloigner insensiblement du fauvisme "primitif", bien que dans cette toile, sa palette soit encore marquée par les touches successives de peinture aux teintes vives et épaisses.
|

Maurice de Vlaminck
" Vue de Chatou"
Huile sur toile 1906 © Tel Aviv Museum
Chatou a été le lieu de la naissance du "fauvisme". Cette toile sous la main de Vlaminck est une explosion de couleurs. Vlaminck Matisse et Derain furent ici dans cette banlieue à l'ouest de Paris les pionniers de ce nouveau courant de la peinture qui influença tant le vingtième siècle.
|
|

Maurice de Vlaminck
"Péniches sur la Seine"
Huile sur toile 1908 © Coll. Part. La toile " Péniches sur la seine" réalisée en 1908, permet de voir l'évolution de la technique picturale du peintre, par comparaison avec d'autres toiles composées sur le même thème, celui des bords de rivière, et qu'il traite fréquemment à cette époque . Il vient en effet de découvrir Cézanne et d'en étudier la technique, à la fois en termes de disposition des volumes comme en termes du traitement des couleurs et des tonalités.
|
|

Maurice de Vlaminck
" Le Pont de Meulan "
Huile sur toile 1910 © Musée d'Art Moderne Paris
A partir de 1908, Vlaminck abandonne réellement l'utilisation de la couleur pure pour donner à ses toiles des tonalités plus travaillées et plus nuancées.C'est sous l'inluence de Cézanne qu'il fait évoluer ainsi à la fois sa palette et les compositions de ses toiles.
|
|
Marqué par la première guerre mondiale à laquelle il participe de 1914 à 1918, engagé dans les campagnes les plus dures comme son ami André Derain, il se retire en Eure et Loir après sa démobilisation.
Tandis que Derain surmonte le traumatisme de la guerre en faisant une volte face vers la tradition picturale, Vlaminck renonce aux explosions colorées et s'engage alors dans une peinture de paysages tourmentés, aux tons sombres, qui définissent une nouvelle "manière " obscure, reflet de l'inguérissable cicatrice laisée par l'épreuve. Il s'installe en 1919 à Valmondois et épouse sa seconde femme, Berthe Combes, tandis que son exposition à la Galerie Druet est un véritable succès.
La guerre et l'après guerre ont entrainés un bouleversement profond chez les peintres, les artistes, les écrivains, comme dans toute la société : une interrogation sur l'histoire, les hommes, la politique, les valeurs . Vlaminck a horreur de l'art pour l'art, il pense que toute avant-garde ne peut s'exprimer que dans le cynisme à l'égard de son époque et il ressent alors l'immense solitude de l'artiste qui s'engage dans la défense de ses valeurs profondes " la solitude est une des plus grandes vérités de ce monde " et il ajoute : " je suis heureux tout seul, dans le vent, dans la pluie, dans les éléments, avec ma pipe " .
Prémisses à un renfermement progressif sur lui-même, tout en conservant sa conscience et sa révolte secrétement, contre tous les opportunismes et tous les intellectualismes de son époque. Son crédo est alors " Si tu es peintre, ne regarde que dans toi-même" .
Ce qui lui importe, c'est la réalité, la réalité dans son moment historique, comme un stade de la dialectique de l'histoire et c'est la conscience de son époque. Dans sa cohérence morale la plus intime qui persistera dans la continuité de son oeuvre, la peinture est, et demeure pour lui un langage physique, un langage des émotions, une langage de la vie dans son élan vital contre la mort.
Mais il se sent encore trop proche de Paris : en 1925, il s'installe à "La Tourillière", où il demeurera jusqu'à la fin de sa vie. A côté de ses travaux de peinture, il écrit, et publie en 1929 " Tournant Dangereux", où il s'exprime de toutes les insatisfactions et des révoltes qui sont les siennes, en s'enfermant dans un isolement tourné vers la peinture, sa passion pour l'art nègre, et son admiration de la nature.
Il expose à nouveau à Paris en 1933 au Palais des Beaux Arts, puis à New York en 1937.
|
|
|

Maurice de Vlaminck
" Bouquet de pavot "
1914 Huile sur toile © Musée des Beaux Arts Chartres
Jusque dans ces années, Vlaminck n'avait que très rarement peint des fleurs ou des natures mortes. Ces sujets s'adaptaient pourtant parfaitement à la technique du peintre et au jeu de ses couleurs lumineuses et de ses chromatismes. Il ajoutait par son style, la matière et l'épaisseur de la couleur qui réhaussaient de manière forte les formes et les couleurs. Fortement critiqué dans ses autres compositions , il était encensé par la critique sur ces sujets , ce qui l'incita momentanément à réaliser quelques compositions de ce genre .
|
|
|

Maurice de Vlaminck "Carrefour"
Huile sur toile 1920 © Musée des Beaux Arts Nantes
Dans les années qui suivent la guerre, Vlaminck s'enferme dans une solitude faite de révolte d'orgueil et de remise en cause de lui -même. Partagé entre les tendances modernistes et la volonté de rester dans une ligne expressive et figurative, il parvient à faire fusionner ces deux tendances profondes qui l'obsèdent.
|

Maurice de Vlaminck "Passage à niveau, le 14 juillet"
Huile sur toile 1925 © Musée d'Art Moderne Genève
Le thème des rues pavoisées est très fréquent chez les peintres français. Ici Vlaminck ne nous exprime pas la fête, ni le symbole de ce que représente cette journée, comme le font les autres peintres avec la multiplicité des drapeaux tricolores. Il se rajoute quelquechose de sombre et de menaçant dans les ombres dures et la lumière basse de la composition.
|

Maurice de Vlaminck
"L'Angélus"
Huile sur toile 1943 © Coll. Part.
Dans ce thème classique cher à Millet et à de nombreux peintres, Vlaminck semble vouloir transmettre cette quiétude de la campagne, après le travail des champs, sous la menace d'un orage qui monte. C'est une toile nostalgique, remplie des souvenirs d'un vieux monde fait de choses simples et authentiques.
|
|
Quelques années plus tard, à la veille de la seconde guerre, en mai 1939, au 16 de la Rue des Quatre Vents, à Paris, Vlaminck réunit des amis au restaurant des " Compagnons du Tour de France " . Ils brûlent alors dans une revendication commune contre les manaces allemandes, un portrait d'Adolf Hitler " critique d'art qui s'est permis, en qualité d'ex peintre en bâtiment, d'affirmer que tous les artistes de l'Ecole Française, les Braque, Derain, Gauguin, Laurencin, Valadon, Kisling, Matisse.... étaient des peintres dégénérés ".
|
|
En 1944, il participe au voyage organisé en Allemagne, par les autorités de la France occupée, qui lui vaudra des accusations et une arrestation après la guerre.
Aigri et plein d'amertume, il s'isole davantage encore, continue à peindre et à écrire : il publie en 1953 "Paysages et personnages", livre dans lequel il continue à dire sa révolte.
En 1956, la Galerie Charpentier lui organise une grande exposition qui provoque un débat sévère entre des critiques qui le considèrent comme le traître de la peinture moderne, tandis que d'autres le considère comme le maître du vrai modernisme dans la composition de ses paysages.
Il meurt deux ans plus tard dans son manoir de "La Tourillière" à Rueil la Gadelière en Eure-et-Loir.
Le Monde des Arts
|

Vlaminck à Verneuil
Photo de Sanford Roth ©
|
|