Tamara de Lempicka (1898-1980)

Tamara de Lempicka, née le 16 mai 1898 a Varsovie, en Pologne, et decédée le 18 mars 1980 à Cuernavaca, au Mexique, est sans doute la peintre la plus célèbre de la periode Art Deco.

Fille d’avocat, elle évolue dans les milieux aises entre l’Italie ou elle découvre l’art, la Russie et les grandes villes d’eaux européennes. En 1914, elle s’installe a Saint-Pétersbourg pour apprendre la peinture.

Elle s’éprend de Tadeusz Lempicki, un jeune avocat russe qu’elle épouse en 1916. La Revolution d’octobre bouleverse sa vie : son mari supporte mal d’avoir perdu sa vie privilégiée, et après un séjour à Copenhague elle decide, en 1918, de venir à Paris et d’entamer une carrière de peintre.

A l’Académie de la Grande Chaumière, à partir de 1920 elle fréquente les ateliers de Maurice Denis et d’André Lhote. Passionnée par le cubisme  autant que par la peinture d’Ingres ou le maniérisme de Pontormo, très influencée par Andre Lhote, l’artiste trouve son style, à la fois décoratif, élégant et sculptural, des 1922, date à laquelle elle présente un portrait au salon d’Automne.

En 1927, avec ” Kisette au salon”, elle obtient le premier prix a l’exposition internationale de Bordeaux, qui conforte son succès naissant dans les cercles élitistes.

Au sein de cette riche société, elle a réalisé des portraits comme celui du Marquis d’Afflitto ou de Sommi en 1925, ainsi que celui du Prince Eristoff, du Comte Furstenberg ou encore du Grand-Duc Gabriel en 1927. Mais c’est son autoportrait ” Tamara dans la Bugati verte ” en 1925 qui matérialise son style et l’incarne comme l’artiste de la modernité.

Elle immortalise la bohême parisienne de son temps, Andre Gide, Suzy Solidor, et fréquente Paul Poiret ou encore Georges Braque. Mais sa célébrité vient aussi des nus provocants qu’elle produit. Elle frise régulièrement le scandale avec des personnages féminins aux poses provocantes et ses ambiances parfois équivoques, tels que ” La Belle Rafala ” ou ” Les deux amies” en 1927.

Elle divorce en 1928 pour se remarier, en 1933, avec un baron hongrois Raoul Kuffner.

La montée du nazisme la préoccupe beaucoup, et elle décide de quitter l’Europe pour s’installer aux Etats-Unis.
Cet éloignement, ce nouveau changement dans sa vie, et l’Art Déco passant de mode, contribuent a ce que son oeuvre tombe dans l’oubli jusque dans les années 1970, ou l’Art Déco revient en grace, et fasse ressurgir son nom. Vivant entre New York, Hollywood et le Mexique, elle meurt à Cuernavaca en 1980.

Tamara de Lempicka aura avant tout marque l’histoire de la peinture par une oeuvre proche du cubisme très particulière et totalement reconnaissable entre toutes ” Ne pas copier. Créer un nouveau style, des couleurs lumineuses et brillantes … Je veux qu’au milieu de cent autres, on remarque une de mes oeuvres au premier coup d’oeil ” disait-elle.

Tamara de Lempicka dans son atelier

Giorgio de Chirico (1888-1978)

Giorgio de Chirico (1888 – 1978), admiré par Guillaume Apollinaire, et par André Breton est considéré comme un artiste majeur du XXème siècle.
Mondialement connu pour certaines de ses oeuvres représentant ces fameuses scènes de places italiennes vides écrasées sous le soleil, de tours ou d’arcades aux perspectives oniriques, ses scènes de la mythologie, ses paysages, ses sujets orientalistes et ses autoportraits entremêlés d’oeuvres cubistes ou surréalistes, Giorgio de Chirico demeure finalement mal connu du grand public, en ayant toujours échappé à tout classement dans l’histoire de l’art moderne.

Né en Grèce à Volo en juillet 1888, il suit à partir de 1899 des cours de dessins à Athènes où ses parents viennent de s’installer, et s’initie au portait et à la peinture auprès de Jacobidis.
Son père décédé en 1905, amène sa mère à quitter la Grèce pour l’Italie. De son côté, le jeune Giorgio souhaite poursuivre ses études en Allemagne, et s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Munich. Il lit Nietzsche, Schopenhauer et découvre les peintres Arnold Böcklin et Max Klinger qui l’impressionnent considérablement. Il reste à Munich jusqu’en 1910 et y peint ses premières oeuvres connues inspirées de Böcklin.

Il retourne à Florence quelques mois, où il peint quelques nouveaux tableaux, sa série des ” Enigmes ” où apparaissent ses premières inspirations de style métaphysique. Dans ses Mémoires, il écrit : ” Je peignais de temps en temps des toiles de petites dimensions; ma période böcklinienne était terminée et j’avais commencé à peindre des sujets où je cherchais à exprimer ce sentiment mystérieux et puissant que j’avais découvert dans les livres de Nietzsche : la mélancolie des belles journées d’automne, l’après-midi dans les villes italiennes “

Il s’installe en juillet 1911 à Paris, où il rencontre en premier lieu Guillaume Apollinaire qui, dès 1913, l’introduit dans le milieu artistique parisien. Il fait la connaissance de Picasso, Derain, Max Jacob, Braque, Picabia, ainsi que Paul Guillaume, qui sera son premier marchand.
Au Salon d’Automne, puis au Salon des Indépendants de 1913, il présente plusieurs oeuvres et vend son premier tableau intitulé ” La Tour Rouge “.

Avec la guerre, Giorgio de Chirico doit retourner en Italie où il est appelé sous les drapeaux. Affecté à Carrare, il rencontre Filipo de Pisis et Carlo Carrà.
De ces rencontres, naît la “peinture métaphysique ” de Giorgio de Chirico, qui expose ses conceptions de l’art au travers la revue ” Valori Plastici”, laquelle sera le premier support théorique des peintres futuristes et dadaïstes italiens.

En 1919, il publie un ” Manifeste Métaphysique ” dans lequel il exprime qu’il existe une perception d’une réalité invisible derriére une réalité visible.
Cette même année, il a une nouvelle révélation après une visite au Musée de la Villa Borghèse: ” En regardant les tableaux des maîtres, je n’y avais vu jusqu’alors que ce que tout le monde voit : des images peintes “. Mais pour lui, c’est au delà qu’il faut aller, pour trouver l’essence de l’art : voir comme si nous y voyions pour la première fois, vivre cet instant comme si nous étions nous-même à la place de l’artiste en train de produire l’oeuvre que nous regardons.

L’onirisme, les dimensions métaphysiques et prophétiques, se répétent dans les années 20 dans son oeuvre laquelle insuffle d’immédiates résonances dans le mouvement surréaliste naissant, notamment chez Magritte, Max Ernst, Picabia et Paul Eluard. André Breton voit en lui l’artiste de la ” nouvelle mythologie moderne” en formation.

Ayant fait connaissance de Raïssa Gurievich, une danseuse russe qui deviendra sa femme, il s’installe de nouveau à Paris en 1925. Mais la nouvelle orientation que prend alors sa peinture, quittant insensiblement la voie métaphysique, et l’empreinte du surréalisme, le conduit à une rupture avec André Breton.

ll expose en 1927 et 1928 avec les artistes du Groupe Novecento en Italie, puis en Angleterre et aux Etats-Unis tandis que la critique s’intéresse davantage à son oeuvre tout en s’interrogeant sur son nouveau style.

En 1930, il réalise une série de lithographies pour illustrer les
” Calligrammes ” d’Apollinaire, réalise des décors et des costumes pour les Ballets Ruses de Diaghilev, et fait la rencontre de son deuxième épouse Isabella Pakszwer avec qui il vivra jusqu’à ses derniers jours.

Les années suivantes conduisent Giorgio de Chirico en Italie, aux Etats-Unis, à la fois pour des travaux en lien avec le théâtre, mais aussi pour des expositions, tandis que ses oeuvres s’orientent vers des compositions baroques inspirées de thèmes du XVIIème siècle.

En 1944, Giorgio de Chirico décide de s’installer définitivement à Rome. Mais c’est sa période ” métaphysique ” qui intéresse le public et la critique, davantage que ses dernières productions, ce, malgré toutes les expositions auxquelles il participe, comme la Biennale de Venise en 1948, dans laquelle il présente ses dernières oeuvres.

Jusque dans les années 1955 à 1960, ses expositions sont nombreuses. Mais il ne cesse de dénoncer les falsifications qui envahissent le marché de l’art. Il veut continuer à peindre en marge des tendances contemporaines, tout en reprenant de temps à autres les thèmes métaphysiques qui l’intéressent, mais en se refusant de s’inscrire dans un genre dans lequel on veut l’enfermer.

Les années qui suivent, sont consacrées à la sculpture, mais aussi aux décors pour le théâtre, avec différentes expositions en Italie, aux Etats-Unis, au Japon, en France, jusqu’à son décès le 20 novembre 1978, à Rome.

Jean Fautrier (1898-1964)

Jean Fautrier est considéré avec Jean Dubuffet, comme l’un des peintres le plus représentatif de l’art informel en France, avec son plein essor dans la période de l’après-guerre de 1945 a 1960. Mais il choisit de toujours rester de son vivant a l’écart de la scène artistique officielle.

L’art informel regroupe a la fois le courant de l’abstraction lyrique avec ses techniques d’expressions essentiellement gestuelles, le matièrisme dont l’objet est de travailler les matières sur les surfaces de la toile, et par rapprochement, le spatialisme dont les recherches portent sur les dimensions de l’espace et du temps et sur la lumière.

D’autres courants, comme le mouvement CoBrA, le Groupe Gutai, l’expressionnisme abstrait en Allemagne, l’Action Painting aux Etats-Unis de Jackson Pollock peuvent être rapprochés aussi de ce mouvement pictural de la fin du XXeme siècle.

Jean Fautrier est né le 16 Mai 1898 a Paris. A la mort de son père, il est recueilli par sa grand-mère irlandaise. Au debut des années 1910, il s’installe avec sa mère à Londres et est admis a la Royal Academy dès l’âge de ses quatorze ans. Il est très marqué dès cette époque par les travaux de Turner qui restera pour lui une référence tout au long de sa vie.

En 1917, il est mobilisé dans l’armée française et se trouve gazé dans les tranchées près de Montdidier.

Il parvient a se rétablir et s’installe a Paris après la guerre et expose pour la première fois en 1921, date a laquelle commence véritablement sa carrière de peintre. Il se lie d’amitié avec Andre Malraux qui lui fait connaître le milieu intellectuel parisien.

Il expose ses premiers tableaux à la Galerie Fabre en 1923, et réalise en 1927 une série de peintures figuratives portant sur différents thèmes tels que portraits, natures mortes, nus et paysages dans lesquelles les couleurs sombres prédominent. En 1933, il se partage entre sculpture, peinture, et gravure, et réalise une édition illustrée de l’Enfer de Dante pour les Editions Gallimard, qui finalement n’aboutira pas.

Ses quelques succès en peinture ne lui suffisent pas, et il decide de devenir moniteur de ski à Tignes. En 1934, il crée là une boite de jazz dont il gardera la gestion jusqu’en 1939. De temps en temps, il continue cependant de peindre.

De retour Paris, il noue des liens d’amitiés avec Francis Ponge, Paul Eluard, Georges Bataille et Jean Paulhan. Il s’engage peu après dans la résistance, et se réfugie courant 1943 dans la clinique du Docteur Le Savoureux installée dans l’ancienne maison de Chateaubriand a Châtenay Malabry.

En 1943, il réalise sa vingt-deuxième et dernière sculpture, la grande “Tête d’otage”, tandis qu’il utilise la Villa Barbier abandonnée, proche de là, comme cache d’armes pour les résistants.

Il poursuit en même temps ses activités artistiques, et notamment la série intitule “Les Otages” très marqué qu’il est par l’occupation allemande et par les exécutions perpétrées a quelques pas de là, dans l’actuel Memorial des Fusilles .

En 1945, à la fin de la guerre, Jean Fautrier decide de louer la Villa Barbier et de s’y installer avec sa famille. Il travaille à l’illustration de différents livres, dont “L’Alleluiah” de Bataille. Il expose cette même année à la Galerie Drouin, avec un catalogue d’oeuvres présentées par Andre Malraux.

Mais Jean Fautrier ne parviendra pas a une réelle sécurité matérielle avec la vente des ses tableaux, et déçu par ses ventes, il essaie avec sa compagne Janine Aeply, en 1950, de mettre au point un procédé de production, dont
les originaux multiples lui permettant de vendre des peintures moins chères qu’elles ne sont proposées par les galeristes.

Entre 1953 et 1956, Jean Fautrier poursuit ses expositions en France et à l’étranger, malgré le faible succès de ses oeuvres.

En 1956, en réaction a l’invasion de Budapest par les russes, il reprend le motif des “Otages” pour la suite des “Têtes de partisans”, comme variations sur le poème de Paul Eluard “Liberté, j’ecris ton nom” écrit en 1942.

Il poursuit son travail les années qui suivent avec des toiles plus structurées dans lesquelles se superposent et s’entrecroisent des lignes colorées, des stries, et grilles de plusieurs côtés.

En 1960, il recoit le Grand Prix de la Biennale de Venise et fait en 1963 deux donations importantes, l’une au Musée d’Ile de France dont “Les Otages” et l’autre au Musée d’Art Moderne de Paris.

Une grande exposition de son oeuvre est organisée durant l’été 1964, qu’il n’aura pas le temps de visiter, car il décède a Châtenay Malabry le 21 juillet 1964, le jour ou il devait épouser Jacqueline Cousin, la compagne qui partageait sa vie a la Maison Barbier depuis deux ans.

(LMDA)

Jean Fautrier dans les jardins de la Maison Barbier à Châtenay Malabry.
ADAGP
Jean Fautrier dans les jardins de la Maison Barbier à Châtenay Malabry.
ADAGP