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Matthias Grünewald :
Autoportrait supposé
Date inconnue, encre sur papier
© Bibliothèque Erlangen
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Matthias Grünewald ( 1475 -1528 ) est sans doute l'un des artistes les plus importants de l'histoire de l'art allemand. Conjointement à l'exposition qui se tient à la Staatliche Kunstahalle de Karlsruhe, le Musée d'Unterlinden de Colmar, dans lequel se trouve le célèbre retable d'Issenheim de Grünewald, se concentre sur la genèse de ce chef d'oeuvre.
Pour la première fois en France, cette exposition met en relief l'oeuvre de ce grand artiste de la Renaissance germanique, et son caractère extraordinaire et original en le mettant en rapport avec ses contemporains les plus prestigieux que furent Dürer, Holbein ou encore Baldung Grien.
A la fin du Moyen-Age, l'Alsace fait partie du Saint Empire romain germanique. Les artistes du Rhin supérieur, qualifiés par les spécialistes de " Primitifs Rhénans", travaillent à Strasbourg, Colmar, Fribourg-en-Brisgau, et vont de villes en villes au gré des commandes qui leur sont faites.
A partir de 1500, une nouvelle génération d'artistes succède aux Primitifs Rhénans, imprégnés des idées de la Renaissance. Mathias Grünewald fait partie de ces artistes, lequel réalise l'oeuvre majeure qu'est le retable des Antonins d'Issenheim.
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Ce chef d'oeuvre fascine et envoûte ceux qui l'ont contemplé au travers l'histoire. La technique éblouissante utilisée dans l'expressivité hallucinée des personnages, et par l'emploi et la richesse des couleurs, en font une oeuvre totalement exceptionnelle de l'histoire mondiale de la peinture.
C'est vers 1512-1516 que Grünewald reçoit cette commande de Guy Guers, précepteur de la commanderie des moines Antonins d'Issenheim, un village situé à quelques kilomètres de Colmar.
L'ordre des Antonins a pour vocation de soigner les malades atteints du "feu sacré", une maladie provoquée par l'ergot de seigle. Créée vers l'an 1300, et dévouée à Saint Antoine, la communauté d'Issenheim a acquis au fil des années une richesse considérable, qui lui permet de faire réaliser des oeuvres religieuses aux artistes de l'époque, dont ce fameux retable destiné au choeur de l'église des Antonins, et qui prendra place en 1852 dans l'ancien couvent des dominicaines d'Unterlinden.
Ce retable polyptique est centré sur la figure du Christ mort à la chair meurtrie, avec au centre la Crucifixion et sur les autres panneaux, la Résurrection, l'Annonciation, le Concert des Anges, la Tentation de Saint Antoine et la Visite de Saint Antoine à Saint Paul.
Cette exposition réunit également des dessins et sculptures de la fin du XVème et début du XVIème siècles, dont des dessins préparatoires au retable de Grünewald, totalement exceptionnels. On y découvre le bras et le torse de Saint Sébastien, les projets pour l'Annonciation, les études pour Saint Antoine, qui sont autant d'oeuvres émouvantes, qui permettent dans le détail de comprendre la technique et les recherches entreprises par l'artiste dans le contexte de son époque.
Aux côtés de ces dessins, sont présentées des oeuvres d'autres artistes germaniques dont Hans Holbein (1465-1524), Albrecht Dürer (1471-1528), Lucas Cranach (1472-1553), Albrecht Altdorfer (1480-1538), ainsi que des sculptures de Jörg Lederer ou Maître I.P., montrant ce qu'étaient les préoccupations naturalistes, et les recherches sur l'expressivité et le mouvement de l'époque.
C'est ainsi que cette exposition tente de situer l'oeuvre de Grünewald dans la chronologie de son temps, mais également d'éclairer le parcours de création qui fût celui de l'artiste dans la composition de cette oeuvre majeure.
Le visiteur découvre également les quatre thèmes qui président à cette présentation et à la compréhension de l'art religieux de cette période du début XVIème siècle : celui des représentations christiques et de l'iconographie mariale, celui de l'expressivité des personnages et du naturalisme, celui du développement des arrières plans paysagers, celui de la représentation des draperies.
Autour des ces thèmes, l'exposition montre également les techniques, mais également les innovations de Grünewald dont l'utilisation par exemple du soulignage des contours, les limites des formes marquées par des traits noirs, l'accentuation des ombres et des textures, et surtout la richesse de l'exploitation des couleurs.
Musée d'Unterlinden - Colmar
(LMDA)
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