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Ernst Ludwig Kirchner
" Femmes dans la rue "
1914. Huile sur toile 126 x 90 cm
© Von der Heydt Museum - Wuppertal
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Cette très belle exposition, offre un parcours dans l'évolution de l'art moderne au début du XXème siècle allant des peintres fauves à l'expressionnisme, jusqu'à la Nouvelle Objectivité, au travers les chefs-doeuvres prêtés par le Musée Von der Heydt de Wuppertal en Allemagne.
De Munch à Van Dongen, de Vlaminck à Otto Dix, mais aussi avec Nolde, Braque, Dufy, avec les artistes du "Pont" (Die Brücke) et du "Cavalier Bleu" (Der Blaue Reiter), jusquà Beckmann, et Grosz, avec un ensemble de cinquante oeuvres, le visiteur est immergé dans l'atmsophère de lavant-garde de l'époque, partagée entre les fauves français et les espressionnistes allemands
Louverture de l'exposition commence par un portrait de jeune fille réalisé en 1905 par le peintre norvégien Edvard Munch, qui met en relief la problématique existentielle qui caractérise cette époque début de siècle.
Car s'il s'agit alors de traduire les sentiments authentiques de lhomme, pour les expressionnistes allemands, il s'agit pour le fauvisme français de s'affranchir des conventions et d'exprimer la vie par la force des couleurs et de la matière.
Les deux principaux mouvements qui marquèrent lavènement de lart moderne en Europe juste avant la Première Guerre mondiale, sont ainsi mis en face à face.
D'un côté, ce sont donc les expressionnistes du groupe "Die Brücke" fondé à Dresde en 1905, avec des artistes tels que Kirchner, Heckel, et Otto Müller, et ceux de la Nouvelle Association des Artistes de Munich, qui donneront ensuite naissance en 1911 au " Blaue Reiter ", avec en particulier Kandinsky, Jawlensky, Marc, ou Macke.
De l'autre, en France, le fauvisme est incarné par Dufy, Braque, Vlaminck et Van Dongen, lesquels montrent une préoccupation commune avec les artistes allemands de l'avant-garde.
Les oeuvres de Munch, ou de Nolde apparaissent comme des précurseurs de lexpressionnisme, mais les tableaux de Kokoschka par exemple ou dOppenheimer mettent également en relief la caractère spécifique et indépendant de cette avant-garde.
Car les apports artistiques des peintres allemands des années 1920 se nourrissent des turbulences de la guerre et engendrent une seconde génération d'artistes expressionnistes révolutionnaires, à l'approche de la Seconde Guerre mondiale, tels que Felixmüller, Otta Dix et Max Beckmann, au sein d'un courant appelé " La Nouvelle Objectivité ".
La mise en comparaison des artistes de " Die Brücke", du " Blaue Reiter" et de leurs successeurs, avec les Fauves français dans la même démarche d'une recherche de l'humanité authentique, met en relief lexacerbation des couleurs, du mouvement et de la spontanéité dans le Fauvisme. Les couleurs, la densité de la matière et du mouvement sont les représentations même de la jouissance de la vie, de lextase, et de la quête de la plénitude de l'existence. Ces recherches de l'authenticité conduisent les fauves à retrouver les arts des origines, ce qui les conduit à s'intéresser aux arts tribaux africains ou océaniens et à lart dit "primitif ".
Dans l'expressionnisme allemand, c'est davantage la réalité de l'époque, l'angoisse, la fuite du temps qui préocuppent les artistes, comme une prémonition aux événements futures. L'intérêt pour les arts " primitifs chez les artistes de "Die Brücke" apparaîtra un peu plus tard vers 1910, lorsque ceux-ci peindront ensemble sur les bords du lac de Moritzburg des nus en plein air.
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Lexposition montre ainsi les évolutions ultérieures de "Die Brücke", jusqu'à léclatement du groupe qui survient en 1913. Jusquaux années 1920, la guerre et les événements de l'immédiate après-guerre conduisent à des oeuvres très marquées par l'ambiance troublée de l'époque : chez Kirchner, les scènes de rue apparaissent dès 1913 jusqu'en 1915 avec '"Femmes de Rue ", dans lesquelles il restitue latmosphère oppressante de la capitale, mais aussi l'inquiétude devant le passé et l'angoisse face à l'avenir.
Les oeuvres du " Blaue Reiter " mettent de leur côté en relief moins le devenir de l'homme que la volonté de s'élever au dessus de la réalité dans une démarche plus spirituelle et abstraite. C'est ainsi que Kandinsky, Jawlensky, Marc ou encore Macke défendent lidée d'une union nécessaire entre l'impression et l'expression, entre l'intérieur et l'extérieur du sens artistique, en introduisant le "spirituel dans lart".
La stylisation des formes, la dynamisation des couleurs, amènent ainsi Kandinsky dans une oeuvre telle que " l'Église sur les bords du lac de Rieg " peinte en 1908 aux premiers instants de labstraction. Jawlensky de son côté avec "Jeune fille aux pivoines" en 1909 témoigne déjà de la dimension mystique et spirituelle de sa démarche. La création du " Blaue Reiter " par Kandinsky et Marc les conduisent à organiser des expositions avec des artistes plus proches de leurs visions, et de leur volonté de faire une synthèse entre ces différentes tendances. Leurs recherches seront brutalement interrompues par la guerre .
Une deuxième génération d'artistes tels que Felixmüller, Dix et Grosz, s'engagera dans une critique de la société dominée par la corruption et la décadence tandis que Max Beckmann de son côté tentear de traduire ce qu' a été le traumatisme de la guerre, et la dérision de lexistence humaine. Ces artistes de la "Nouvelle Objectivité " seront ensuite les victimes du régime hitlérien, avec la confiscation de nombreues de leurs oeuvres en 1937 -1938 considérées comme "dégénérées" par les nazis.
Ces oeuvres, fruits de dons et d'acquisitions ont enrichis peu à peu le Musée Von der Heydt, et constituent la collection la plus complète dart expressionniste. Elles sont présentées ici aux côtés des oeuvres des fauvistes français, dans un ensemble où elles se mettent mutuellement en valeur, et permettent de mieux comprendre les évolutions artistiques engendrées par l'histoire de l'époque.
Musée Monet-Marmottan
(LMDA)
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