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Le peintre Félix Vallotton (18651925) était un véritable observateur de son époque. Très lucide et claivoyant sur la vie et les moeurs de son époque, il ne manquait jamais d'ajouter dans ses peintures cette pointe d'ironie critique, notamment dans ses scènes bourgeoises ou dans ses nus, acquise lorsqu'il avait étudié à partir de 1882 dans le cercle des Nabis à Paris et qu'il avait travaillé comme illustrateur dans des journaux avant-gardistes .
Cette exposition qui réunit 90 oeuvres présente essentiellement, comme le suggère son titre, les tableaux liés à la vie quotidienne et bourgeoise de ses contemporains, dans leur interrogation sur les thèmes de leurs relations mondaines ou sentimentales.
C'est ainsi que ses scènes de la vie courante et ses nus montrent sans pudeur au travers son oeil critique, les travers et les mascarades de ses contemporains, comme autant de modèles d'une certaine bêtise des hommes et de la société.
Bien que formé à un certain académisme à l'Académie Julian et à l'Ecole des Beaux Arts de Paris, la connaissance qu'il acquiert des techniques de gravure et de la lithographie, lui permet de quitter la peinture descriptive qui était la sienne, pour une oeuvre plus personnelle à partir de 1895, notamment avec un tableau tel que " Femme au bain se coiffant", peinte quelque temps après en 1895, et qui marque un tournant dans l'évolution du peintre .
Il a présenté des tableaux au Salon des Indépendants de 1893 qui le font remarquer avec en particulier "Le Bain au Soir d'Eté ", mais il se distingue rapidement dans le milieu artistique, non seulement par son style, mais également par les thèmes quil aborde de manière à la fois ironique et critique. Il se passionne aussi pour le portrait, mais l'activité d'illustrateur ou de journaliste qu'il conserve le conduit à refuser de sauvegarder les apparences de la vie bourgeoise, sans craindre les allusions caricaturales.
Son oeuvre se démarque davantage par sa démarche et son style que par sa technique picturale. Il est un peintre que l'on pourrait qualifier d'indiscret, mais toujours traversé d'un esprit critique teinté dhumour noir et de raillerie grinçante, voire caustique.
Les allusions fréquentes, à la limité parfois du supportable pour certains de ses contemporains, font de lui un peintre dérangeant situé à lavant-garde sur le plan international .
Il voyage beaucoup et s'intéresse aussi à la peinture de paysages, comme en 1902, où il découvre par exemple Honfleur et sa région, et la Bretagne à Locquirec, ou la Normandie, mais toujours dans ce style particulier et dépouillé qui est le sien. Sur le plan stylistique, en effet, tant pour ses natures mortes aux couleurs vives et intense que pour ses paysages vides, sans personnage, tout en clair-obscur, comme pour ses portraits, il reste d'une rigueur froide.
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Félix Vallotton
"Femme au Bain se coiffant "
1895
Tempéra sur carton 39 x 36 cm
© Coll. Part.
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Bien sûr les portraits se prêtent plus facilement à son esprit ironique, par exemple lorsqu'il coiffe du dernier chic les personnages historiques et mythologiques ou pour les nus où les femmes montrent leur corps dans toute leur nature dans un environnement stylisé.
Il est vrai que Vallotton, est aussi un grand admirateur de Holbein, de Dürer, de Cranach ou d'Ingres. Ses tableaux sont souvent marqués d'allusions ou de messages ambigus, dans une oeuvre à la fois froide, critique, distanciée et parfois mystérieuse, qui intrigue le spectateur et qui font apparaître des éléments formels qui deviendront plus tard des éléments déterminants dans la peinture surréaliste.
Voir dossier Félix Vallotton
Hamburger Kunsthalle
(LMDA)
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