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Quand on aborde le surréalisme, souvent on a tendance à traiter le cas " Magritte " comme soit, un événement marginal mais dépendant, soit comme une sorte de génie tutélaire, commandeur incontournable du mouvement.
En tout état de cause, il nest pas faux de voir en cette sorte de Monsieur Hire de la peinture, un phénomène paradoxal évoluant à contre-courant des modes et du temps qui passe.
Mais on ne peut pas pour autant considérer Magritte dans son individualité, son langage et sa conceptualisation du monde, en lexcluant de son entourage et son environnement.
Comme à Paris, il y eut une bande à Breton ( disloquée par les soins du maître) il y avait à Bruxelles une bande à Magritte. A moins que ce ne soit Magritte qui appartenait à une bande. Allez savoir.
Et ne voilà til pas quaprès 23 ans dabsence de la scène parisienne, la Galerie du Jeu de Paume organise une très belle et fort complète rétrospective de son Suvre.
Mais que peut-il y avoir de compréhensible dans lSuvre de cet artiste pour un regard parisien plus habitué au discours ratiocineur et ésotérique des surréalistes parisiens. Sans compter quil ny eut jamais de grand peintre surréaliste français. Ne loublions pas.
Et voilà bien le " hic ".
Car, Magritte est un étrange salmigondis de pensée concertée, de turbulence, dironie, dallégresse et de stratégie.
Lensemble paré des atours de la symbolique du Nord, des brouillards fantômatiques de la poésie en plein soleil ( chère à Paul Eluard) et de la poésie sombre et sauvage ( dans la lignée des Félicien Rops et autres James Ensor).
Si, moi, qui suis du plat pays, je nai guère été déconcerté par le déconcertant discours de Magritte, quelle ne fut pas ma stupéfaction devant les visages interdits et inexpressifs des visiteurs qui ne semblaient guère goûter à la fois la gravité et lhumour de la théorie picturale qui leur était offerte.
Louis Scutenaire, un pote de sa bande, et non des moindres, disait à son propos : " Magritte nest pas un peintre, cest un grand peintre ".
Plus loin, il rapporte que dans un sens ou un " non-sens " de la gaudriole ( quon retrouve encore aujourdhui en Belgique avec " lentarteur ", alias Noël Gaudin "), Magritte était un fervent adepte du " coup de pied au cul ". Et, du reste, sans raison apparente, ni affectation particulière, avec la dignité dun Groucho Marx, il ne se privait pas de se livrer à son sport favori en bottant le derrière du premier venu à la grande stupeur de lintéressé.
Lexposition du Jeu de Paume me laisse entrevoir quil n a pas fini et que les coups de pied au cul posthumes sont toujours dactualité.`
Christian Ronsmans
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