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Unica Zürn est née à Berlin -Grünewald en 1916, et est morte à Paris en 1970. Femme a la vie tourmentée et à la fin tragique, elle disait pourtant qu'elle avait eu une enfance merveilleuse, cependant marquée par le divorce de ses parents, et la perte de la maison familiale, dans laquelle son père, écrivain, collectionnait les objets ramenés de ses voyages en Orient.
Dans l'obligation d'arrêter ses études très tôt, elle devient archiviste, puis monteuse de film, puis conseillère artistique dans une firme cinématographique.
Elle épouse en 1942 Erich Laupenmühlen, dont elle a deux enfants " sous les bombes". Elle divorce en 1949, puis devient journaliste pour plusieurs journaux allemands ou suisses, tout en menant une vie de bohême dans le milieu artistique de Berlin.
En 1953, elle rencontre Hans Bellmer dont elle s'éprend et avec qui elle découvre le dessin automatique. Ils décident de quitter Berlin et de venir à Paris, où ils rencontrent les artistes surréalistes, tels que Jean Arp, Meret Oppenheim, Max Ernst, Victor Brauner, Man Ray, Marcel Duchamp, mais aussi les écrivains André Breton, André Pieyre de Mandiargues, Henri Michaux.
Elle compose alors ses premiers anagrammes, réalise de nombreux dessins automatiques et expose dans différentes galeries.
En 1954, paraît à Berlin son premier livre intitulé "Hexentexte " avec une post-face de Hans Bellmer, dans lequel elle a réunit des dessins et quelques unes de ses "écritures sorcières ", les anagrammes, qu'elle construit à partir d'un mot ou d'une phrase, en changeant les lettres d'un mot ou l'ordre des mots d'une phrase, pour en faire des enchainements de variations poétiques, proche de l'écriture automatique surréaliste.
En 1957, André Pieyre de Mandiargues préface une exposition importante de ses dessins et de ses gouaches, alors qu'elle tombe dans une première et profonde dépression.
En 1962, elle commence l'écriture d'un nouveau livre intitulé " L'Homme Jasmin : impression d'une malade mentale , publié en 1971, dans lequel elle consigne par intermittences ses angoisses schizophrènes vécues au quotidien et qui l'amène à séjourner dans plusieurs cliniques psychiatriques. Dans un autre livre qu'elle intitule " Vacances à Maison Blanche ", elle poursuit dans cette voie, en retranscrivant ses visions schizophréniques.
En 1967, elle écrit en quelques jours de fulgurance " Sombre Printemps", qui relate ses souvenirs d'enfance, entre deux passages en services de psychiatrie, lequel livre publié en 1970.
Cette même année, le 19 octobre, où elle est revenue passer quelques jours auprès de Hans Bellmer, à Paris, elle se suicide en se jetant du balcon de son appartement.
Unica Zürn à la vie tourmentée et au destin tragique, est restée trop longtemps dans l'ombre de son compagnon, l'artiste surréaliste Hans Bellmer.
Presque oubliée aujourd'hui, bien qu'elle fut l'une des icônes du surréalisme, elle occupe une place tout à la fois exceptionnelle et particulière, par son oeuvre graphique et littéraire.
Son oeuvre graphique et littéraire se compose d'anagrammes, de dessins automatiques et d'écrits en prose où se mêlent l'imaginaire, la fiction, et la propre réalité de sa vie, en tension permanente entre le délire et la création.
Proche d'une démarche telle que celle d'Antonin Artaud, en proie à des crises vécues de l'intérieur, Unica Zürn exprime dans ses écrits, dans ses dessins et ses peintures l'illumination que lui procure en elle même ces manifestations de la folie.
Son oeuvre cependant se situe ailleurs que dans une nouvelle forme de subjectivité artistique recherchée par les nombreux artistes qu'elle fréquentait. Elle apporte son propre langage poétique, sa propre créativité dans une oeuvre originale à la fois extatique, intensément intériorisée et fantasmagorique avec des peintures ou des dessins issus d'un imaginaire angoissé aux visions délirantes, envahis de formes étranges dinsectes, danimaux ou parfois dhumains aux contours déformés.
Les traits extrêmement fins dessinés d'une plume légère voire aérienne, rappelle des observations faites sous l'objectif d'un microscope, avec des formes filandreuses comme se déplaçant au gré des courants dans un univers marin, ou représentent aussi des figures fantasmagoriques proche des visages de gargouilles hideuses au front des églises du moyen-âge, faites de têtes de dragons, de reptiles ou de formes humaines hybrides et mutantes.
(LMDA)
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