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Henri-Edmond Cross (1856-1910) fait la connaissance de Seurat et de Signac en 1884 au Salon des Artistes Indépendants. Lannée de la disparition prématurée de Seurat (1891), il expose son premier tableau divisionniste, et marque ainsi son ralliement au groupe des néo-impressionnistes.
Comme eux, il accorda une attention particulière au dessin. Si Seurat, Luce et Angrand affectionnèrent plus spécialement le crayon, le fusain ou le pastel, Petitjean et Rysselberghe témoignèrent de leur intérêt pour laquarelle, mais Signac et Cross, eux, « laimèrent passionnément et y trouvèrent un mode dexpression dans lequel ils excellèrent » (Isabelle Compin).
Légère et rapide, elle leur permit de saffranchir des règles strictes de lélaboration du tableau pointilliste.
« Je me repose de mes toiles par des essais à laquarelle et des esquisses en me servant de cette matière. Cest amusant. Labsolue nécessité dêtre rapide, hardi, insolent même, apporte dans le travail une sorte de fièvre bienfaisante& » écrivait Cross au peintre Angrand.
Installés près de Saint-Tropez, Signac et Cross, trouvèrent dans cette technique le moyen le plus sensible pour rendre la limpidité des lumières et des paysages méditerranéens.
Cross exécuta de nombreuses aquarelles, certaines comme de simples prises de notations sur le motif, et dautres, plus composées. Mais il fut aussi, et cest ce que nous fait découvrir les oeuvres graphiques du fonds Senn, un merveilleux dessinateur.
Si certaines pièces savèrent être des études préparatoires pour des peintures, avec parfois des mises au carreau, dautres saffirment comme des Suvres à part entière. Il sagit de dessins à la mine de plomb exécutés sur un papier vergé où lartiste joue du grain du support pour accrocher la lumière. Les sujets sont variés : personnages, paysages, mais ils peuvent également se dérober, sestomper au gré dun traitement tout en frottements légers du crayon et devenir une fantaisie abstraite, pleine de poésie et de mystère.
Né à Douai en 1856, Henri-Edmond Cross, de son vrai nom Henri-Edmond Delacroix prend dès l'âge de dix ans des cours de dessin à l'Ecole des Beaux Arts de Lille et a pour professeurs Carolus Duran et Alphonse Colas et plus tard à Paris, François Boivin.
Il expose pour la première fois au salon de 1881 à Paris, sous son pseudonyme "Cross", traduisant ainsi son nom de famille en anglais pour éviter toute confusion avec Eugène Delacroix.
Il fait la connaissance de Seurat et de Signac en 1884 au Salon des Artistes Indépendants. En 1891, Henri-Edmond Cross quitte le genre impressionnisme qu'il avait pratiqué jusque là, en exposant son premier tableau " divisionniste", marquant ainsi son attachement à la démarche de Seurat, l'année même de sa disparition. Il rompt avec une esthétique de dix ans et adopte avec enthousiasme celle du groupe qui animait le Salon des Indépendants (manifestation dont il fut l'un des initiateurs dès 1884). Il présente ainsi sur les cimaises du Salon des Indépendants le portrait divisionniste de sa femme. Il choisit alors de vivre en grande partie de l'année dans le Var, à Saint-Clair au Lavandou.
Il s'engage politiquement et devient également un sympathisant des idées anarchistes de l'époque.
Sa santé s'altère alors et l'accable avec des troubles rhumatismaux et oculaires. Il fait alors un séjour en Italie où il découvre les oeuvres de Tintoret et de Canaletto.
A la suite de Signac, Cross peint la Provence, et en magnifie sa beauté naturelle par des tableaux inédits et incomparables. Il se rapproche là des premières manifestations du fauvisme, dont on sent poindre en ce début du XXème siècle, l'expression d'une nouvelle harmonie chromatique, qui fera école par la suite par exemple avec Matisse dans une oeuvre telle que " Luxe, calme et volupté ", en préfigurant ainsi l'arrivée des premiers moments de la nouvelle peinture abstraite.
C'est ainsi que Henri-Edmond Cross contribua avec ses amis néo-impressionnistes au bouleversement historique de l'histoire de la peinture, qui remit en question toutes les théories esthétiques sur l'art.
Au crépuscule de sa vie trop brève, Henri-Edmond Cross voulut visiter une nouvelle fois la Toscane avant de regagner la ville du Lavandou où il composa ses dernières Seuvres. En mai 1910, il fut tragiquement emporté à 54 ans par un cancer.
(LMDA)
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