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Piet Mondrian (1872 - 1944) fut l'un des pionniers les plus influents de la peinture abstraite. Mondrian qui est entré à l'Académie Nationale des Beaux-Arts d'Amsterdam en 1892, subit d'abord l'influence de l'Ecole de La Haye, en travaillant la forme, le style, la lumière et l'espace par des oeuvres naturalistes et des paysages académiques, tel un tableau "Au Stadhouderskade à Amsterdam " peint en 1898, représentant dans des tonalités bleues et grises les bords d'un canal .
Piet Mondrian est alors un peintre réaliste très soucieux de représenter la réalité et la nature dans tous ses aspects, car c'est elle qui permet l'accés aux révélations spirituelles et aux "vérités supérieures", selon une pensée traditionnelle liée au protestantisme. Natures mortes et paysages de campagne sont ses sujets dominants, mais il construit à partir de 1897, des oeuvres faites de lignes claires, par l'utilisation qu'il developpe du crayon noir, de l'aquarelle, de la gouache, dans des dominantes bleues, grises ou brunes, dans des oeuvres souvent mélancoliques.
A partir de 1904, sa peinture change et les paysages laissent la place à des scènes d'intérieurs avec l'abandon des tonalités nuancées au profit de longs aplats de couleurs. Sous l'influence de peintres tels que Cornelius Spoor, Jan Sluyters ou Jan Toorop, il se tourne progressivement vers le fauvisme comme en témoigne des oeuvres telles que "Le nuage rouge" de 1907, "Moulin dans la clarté du soleil "en 1908, ou encore "Dévotion", "Crépuscule", "L'arbre bleu". Mais il s'interresse aussi au divisionnisme de Signac, dans des oeuvres telles que "Dunes", ou à un certain expressionnisme de Van Gogh dans une oeuvre telle que " Le Pommier en bleu".
Il poursuit également une réflexion philosophique sur le rôle de l'artiste, en quête de permanence et d'universel, et considère que l'artiste doit saisir l'essence des choses, et s'échapper du matérialisme qui conduit à la simple retranscription ou imitation de la nature, dans les limites de la perception ."
Après des toiles qui célèbrent la couleur, succèdent des Suvres dans lesquelles Mondrian explore avant tout les lignes. "Phare à Westkapelle" réalisé en 1910 fait entrevoir la direction que Mondrian prendra ensuite. «Je trouve vraiment que la grande ligne est l'élément primordial dans une chose, c'est ensuite que vient la couleur», dit-il.
Adepte de théosophie, il s'engage dans des compositions fondées sur l'ésotérisme et la spiritualité tel que dans l'énigmatique triptyque " Evolution" qu'il peint en 1910, qui représente l'évolution de la femme entre la réalité matérielle vers la vérité mystique. Car Mondrian cherche à faire de sa peinture un langage universel, dont il considère qu'elle doit rendre compte des réalités essentielles au-delà des apparences sensibles.
Lors d'une exposition à Amsterdam, en 1912, il découvre le cubisme et décide alors de s'installer à Paris pour rejoindre le groupe des peintres "cubistes". C'est au cours de cette période parisienne, entre 1912 et 1914, qu'il passe d'un cubisme figuratif à un cubisme plus abstrait dans lequel les objets perdent leur fonction figurative pour ensemble de lignes formelles horizontales et verticales, mêlées aux couleurs primaires dans un espace à deux dimensions.
Il poursuit l'exploration des mêmes thèmes, comme les arbres et les façades d'immeubles, telles "Pommier en fleur " , en 1912, et "Composition ovale en plans de couleurs" en 1914."Je sentis que seuls les cubistes avaient découvert le bon chemin, et pendant longtemps, je fus très influencé par eux", écrira plus tard Mondrian.
En 1914, il retourne aux Pays-Bas pour l'été, mais la déclaration de la guerre l'empêche de revenir à Paris. Il connaît alors une renommée internationale, car il est considéré comme l' inventeur d'une forme d'art "universelle".
(LMDA)
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